Le monde n’apparaît jamais comme une forme achevée. Il se construit progressivement à travers les relations que nous établissons avec ce qui nous entoure. Toucher, déplacer, empiler, relier: ces gestes répétés produisent un environnement. Les matériaux familiers, les fragments qui résonnent avec moi, s’accumulent et s’entrelacent pour acquérir une nouvelle qualité de lieu. Le monde n’est pas donné: il se recompose à travers les gestes du corps.

Cette série s’inscrit dans cet état de formation. Des pierres sont dressées, des éléments plus légers sont liés ou suspendus, et des traces de mouvements répétés restent visibles au sol. L’intérieur et l’extérieur ne sont pas clairement séparés; le centre n’est jamais fixe. La structure ne se stabilise pas complètement, elle repose sur un équilibre provisoire.

Dans ce processus, l’inné (une disposition biologique) et l’acquis (une sensibilité formée par le climat, la culture et l’expérience) agissent ensemble. Des gestes hérités, des habitudes accumulées, des adaptations à un environnement spécifique se superposent dans un même espace. Ces différentes strates ne convergent pas vers un sens unique; elles restent dans un état d’ajustement continu.

La peinture, l’installation et le texte correspondent à différentes dimensions de ce processus. L’installation construit un environnement, tandis que la peinture retient la trace des gestes qui l’ont rendu possible. L’image ne cherche pas à représenter une scène, mais à rester comme le lieu où quelque chose a eu lieu. Les cadres coupés, les directions instables et les tensions en bordure révèlent une structure qui n’est pas encore fixée.

Ce qui m’intéresse n’est pas un résultat final, mais le processus d’empilement, de liaison et de recherche d’équilibre. Par de petits ajustements et des répétitions, à l’échelle du geste, le monde continue de se configurer. Je travaille à partir de cet état un monde encore en formation, jamais complètement stabilisé.

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